Le retour à la maison après une absence prolongée
Si tu ne peux pas être là tout le temps, si tu dois voyager, alors, quand tu es à la maison, il faut que tu sois présent, et pas seulement physiquement. Il faut que tu essaies de prendre ta part du fardeau. Il faut que tu voies ce qu’il y a à faire et que tu le fasses, et que tu apportes ton soutien. Il faut que tu fasses ta part. Il le faut. - Un·e vétéran·e des forces armées
Je n’avais pas pensé, dans le temps, à chercher à comprendre comment il pourrait faire partie de la famille et ne pas se sentir laissé en plan quand il rentrerait à la maison. - Un·e membre de famille
Vous pourriez trouver utile d’envisager la famille comme un système ou un mobile. Quand le ou la partenaire en service est absent, il manque une pièce du mobile, ce qui change l’équilibre de tout le système, et le reste de la famille doit s’ajuster pour rétablir l’équilibre. Quand cette pièce (la personne) revient, tous les membres de la famille doivent se réajuster et se rééquilibrer. Il peut y avoir des tensions lorsque la personne en service cherche à réintégrer la vie familiale et que les autres membres de la famille lui font de la place.
La réintégration est une affaire de famille
Si ma famille n’avait pas été là cette année-là… j’aurais très bien pu me suicider, parce que ça n’allait pas bien. Mes enfants ont continué de me traiter comme leur papa. Ils ont été là, même dans les moments où j’allais très, très mal. Ils n’ont pas retiré leurs billes, ils ne m’ont pas abandonné. - Un·e vétéran·e des forces armées
On n’insistera jamais assez sur l’importance du soutien familial pour la réintégration. Cette période de transition n’a rien de facile, mais avec du temps, de la patience, de la compréhension et de la communication, on peut y arriver.
Ce que le ou la partenaire en service peut avoir vécu
Actuellement, je suis une espèce d’ours en colère. Je suis très stoïque, très « mâle alpha », et ne viens pas me dire « t’as un problème », sinon je vais perdre les pédales. Imagine, tu reviens d’une situation du genre « tuer ou te faire tuer », puis maintenant, tu vis dans cet environnement-là. Tu deviens une espèce d’homme des cavernes. Ça fait que si tu t’approches d’un homme des cavernes puis que tu lui dis qu’il a un problème, ça va mal tourner. - Un·e vétéran·e des forces armées
Le ou la partenaire en service, qui vient de vivre dans une culture qui valorise la structure et le travail d’équipe, peut :
- Se sentir déconnecté·e des personnes avec qui ses liens sont les plus solides.
- Éprouver de la détresse dans un environnement familial peut-être plus détendu et imprévisible.
- Avoir du ressentiment parce qu’il ne semble pas y avoir de place pour lui ou elle dans la routine familiale.
- Être perturbé·e par le fait que ses enfants comptent davantage sur l’autre parent.
- Résister à l’idée de faire les corvées ordinairement confiées à ses subalternes, comme faire le ménage, laver la vaisselle ou sortir les ordures.
- Ressentir de la frustration ou de la difficulté face aux problèmes familiaux qui lui semblent triviaux, comparativement à ce qu’il ou elle a vécu.
Tu sais ce que je ressens? C’est […] c’est comme si j’étais derrière une fenêtre en plexiglas, le nez appuyé sur la vitre. Pas assez proche pour faire partie de ma propre famille. Juste […] une espèce de surnuméraire. Et ça, ça fait mal. - Un·e vétéran·e des forces armées
Ce que le ou la partenaire à la maison peut avoir
Vous avez pu ressentir :
- le soulagement de voir votre partenaire de retour à la maison,
- l’étonnement de voir à quel point votre partenaire a changé,
- la joie de revoir votre partenaire et de voir sa contribution plus directe à la vie de la famille,
- la frustration de constater que la réintégration de votre partenaire dans la vie familiale est une tâche de plus pour vous,
- le découragement de voir qu’il faut maintenant adapter un système qui fonctionnait bien, ce qui amène d’autres perturbations pour vos enfants et dans votre vie.
Ce que la famille peut avoir vécu
J’aime maman, c’est certain. Et je suis content qu’elle soit de retour. Mais tout est différent. La soirée « cinéma et popcorn » est différente. Même le déjeuner est différent. Ce n’est plus juste papa et moi.
Tu as déjà vu des vidéos sur YouTube où maman ou papa, en uniforme, de retour de l’étranger, surprend son enfant, qui se jette dans ses bras en pleurnichant? Mon fils, l’an dernier, c’était pareil. Il a seulement six ans, et son papa lui avait tellement manqué. Il s’est accroché à son père pendant une heure. Il ne voulait pas le lâcher.
Quand la personne en service rentre à la maison, les membres de la famille s’adaptent pour lui faire de nouveau une place dans leur vie. Les membres de la famille peuvent avoir des réactions variées :
- Avoir du mal à accepter le rôle parental du parent depuis son retour.
- Ne pas comprendre les changements de comportement du parent depuis son retour.
- Régresser, faire des scènes ou être déstabilisé·es par les allées et venues.
- Faire de l’anxiété face à l’idée d’une nouvelle séparation.
- Accepter le fait que chaque famille est unique et que cette situation fait partie de l’ADN de leur famille.
Chaque personne, chaque famille réagit différemment à sa propre détresse émotionnelle, à son deuil et à ceux du vétéran ou de la vétérane.