La culpabilité du survivant : pourquoi eux et pas moi?
Mark m’a sauvé la vie deux fois, et il n’y a pas qu’à moi qu’il l’a sauvée… Ses deux enfants ont perdu leur papa. Ça n’a pas de sens que Mark soit parti. Maintenant, ces enfants n’ont plus leur papa, et moi, je suis encore là. - Un·e vétéran·e des forces armées
C’est dur de vivre un deuil quand on a des responsabilités. Ça peut être tellement plus dur quand on a joué un rôle actif dans le cours des événements. - Un·e vétéran·e des forces armées
Quand un·e de vos collègues meurt et que vous survivez, il se peut que vous vous sentiez coupable et rongé·e par le remords. Il peut vous sembler impossible d’accepter la nature aléatoire du destin de ceux et celles qui vivent et qui meurent : Pourquoi j’ai survécu et pas elle? Pourquoi lui? Pourquoi c’est moi qui vis encore? Ce sentiment courant et naturel s’appelle la « culpabilité du survivant ».
Vous croyez peut-être que la personne disparue méritait davantage de vivre que vous parce que vous admirez ce qu’elle était et ce qu’elle a accompli, ou à cause de la famille qu’elle laisse derrière elle. Vous pensez peut-être que sa mort a plus d’impact que la vôtre en aurait eu.
Vous vous demandez peut-être si vous auriez pu faire davantage pour prévenir sa mort ou lui sauver la vie.
Chaque fois que quelqu’un se faisait tuer, c’était une défaite et ça me faisait très mal. Je me demandais : « Et si j’avais fait ceci ou cela? Est-ce que j’ai vraiment fait tout ce que j’ai pu? » - Un·e vétéran·e des forces armées
L’impact de la culpabilité du survivant
La culpabilité du survivant peut donner lieu à un sentiment de honte ou de remords, et mener à un deuil plus sévère et plus persistant.
Il est mort. Je suis encore en vie. Je… je n’arrivais pas à m’y faire. J’avais le regard vide, tu vois? J’étais insensible, froid, jamais vraiment présent. Tout ce que je faisais, tout, était dicté par la culpabilité, par la honte et par le besoin de prouver que je méritais d’être vivant. En vivant comme ça, j’ai perdu mes liens avec tout mon entourage. Ma vie [...] était vide, dénuée de sens. Aucune joie. Seulement la culpabilité, la honte, la colère et l’adrénaline. - Un·e vétéran·e des forces armées
Dans certains cas, il pourrait vous sembler que votre culpabilité est utile et même motivante.
Je me disais : « Comment oses-tu rester au lit? » Alors je me suis remis en forme comme un dingue, j’ai surcompensé par l’exercice. - Un·e vétéran·e des forces armées
Cependant, ce genre de motivation a tendance à être temporaire et peut devenir problématique. Une motivation excessive peut vous amener à des comportements qui finissent par être destructeurs pour vous comme pour votre entourage.
Je me poussais jusqu’à l’épuisement physique complet, tous les jours. Il ne me restait plus d’énergie pour ma famille. Puis, quand je ne pouvais plus bouger, j’enfourchais une motocyclette et je roulais à des vitesses folles. J’avais oublié comment ressentir autre chose que de la honte et de la culpabilité. J’étais froid, distant, et tellement, tellement seul. - Un·e vétéran·e des forces armées
Pour approfondir le sujet, voir Deuil et traumatisme.